Enquête sur l’origine de la Nègre, domaine départemental

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Tout a commencé, comme d’habitude, par la prise d’informations sur le lieu d’une randonnée au pied du massif de l’Etoile, à partir du domaine de la Nègre, racheté par le département en 1987 et qui s’étend sur Château-Gombert et Plan-de-Cuques. J’ai voulu enquêter sur le pourquoi de la dénomination La Nègre. J’ai éliminé les informations données par l’office du tourisme car les sources et l’auteur ne sont pas cités.

Toponymie

A l’aide de André S. auteur du site story.gombert, qui m’a aidée dans ma réflexion, j’ai entamé une recherche sur « nègre » qui, en toponymie, ne se rencontre qu’en Occitanie : l’explication doit donc être recherchée dans l’histoire de la Provence ou la langue.

Nègre employé comme adjectif :

Souque Nègre (la Destrousse), cap Nègre (Var), Mourre Nègre (Luberon), château Noir au Tholonet, Teste Nègre, lac Nègre (06), cime Nègre (06). Nègre est un qualificatif pour sombre, noir, voire profond s’il s’agit d’un lac (Hypothèse 1). Dans la Nègre, le substantif a pu être éludé : la (maison) nègre.

Nègre employé comme nom :

Coteau du Nègre Roquevaire, lieu-dit la Nègre Peynier, domaine de la Nègre à Château-Gombert. Pour Roquevaire, nous y apprenons que vivaient dans le quartier deux familles Négrel. Pour Peynier,

Louis Antoine de Thomassin de Peynier, appelé plus simplement Antoine de Thomassin, comte de Peynier, né le 27 septembre 1731 à Aix-en-Provence, et mort le 11 octobre 1809 à Arance, est un officier de marine et administrateur colonial français des XVIIIe et XIXe siècles.[…] En 1796 il devient gouverneur général de Saint-Domingue.

Je n’ai pas trouvé d’autres exemples dans la région.

L’origine viendrait donc du nom d’un habitant du quartier : Nègre, Négrel (ancien nom de la commune de Chateauneuf-le-Rouge où vivait une famille de ce nom), ou surnom …dit le Nègre (hypothèse 2), d’un lieu de résidence (hypothèse 3) ou d’une fonction (hypothèse 4) qui relierait le propriétaire à une colonie où vivaient des esclaves noirs ou Noirs affranchis. Mon enquête portera sur ces hypothèses.

Datation de l’apparition du toponyme la Nègre

Ce toponyme ne figure pas sur la carte de Cassini (1778) mais sur celle du cadastre napoléonien de Château-Gombert, 9e section I1 (3 P 1153) établi en 1820 ; dans cet état de section la Nègre est une maison rurale appartenant à JULLIEN Delouide, décédé le  22/11/1816 à Chateau-Gombert ; elle est entourée de plusieurs parcelles de vignes, de bois. Il n’y a que trois propriétés bâties : Palama, La Grande Bergerie, et la Nègre. La section A1 des Montblancs, sur Plan de Cuques, appartient à sa veuve Jeanne SAUVAIRE ; on y trouve la source des Ouides et des broussailles. Le surnom Delouide (= de l’Ouide1) donné à Nicolas JULLIEN est si bien ancré dans la région qu’il s’est substitué à son nom ; même pour l’administration, il est connu comme JULLIEN De Louide comme en témoigne le journal des expropriations au moment de la construction du canal de Marseille. Ses enfants héritiers du domaine, sont Joachim Nicolas Marie et Jean-Baptiste Dorothé Gratien.

Généalogie du propriétaire en 1820 du côté des hommes

La Nègre est apparu fin XVIIIe-début XIXe, peut-être avant si au moment de Cassini, le domaine rural n’était pas assez important pour y figurer ; pour être enregistrée sur une section du cadastre napoléonien, la dénomination doit avoir été communément utilisée et confirmée par les habitants lors de l’enquête orale des géographes. Je vais donc établir l’ascendance de JULLIEN Nicolas sur quelques générations grâce à Pierre R. du site gombertois.fr qui m’a donné les premières informations généalogiques et grâce aux sites internet  geneanet, geneprovence, familisearch, et filae auquel j’ai dû m’abonner pour un mois.

Conventions : ° naissance (+ décès) x mariage ChGo : Chateau-Gombert.

Note : les personnes aux rangs 5, 6 et 7 ne sont pas conformes à la généalogie parue dans l’histoire héroïque et universelle de la noblesse de Provence, vol.3
GIUGLINI (en français JULLIEN) et BONADIO sont deux familles italiennes émigrées en France au XVIe

  1. Balthazar (François ?) JULLIEN  x Virginie BONADIO
    ° env. 1580
  2.  Mathieu (François ?) JULLIEN x Catherine BOURTOUMIEU
    (en provençal BOURTOUMIEU = BARTHELEMY)
    °18-07-1605  (+ avant 1667) x ???
  3. Nicolas JULLIEN x Françoise BARTHELEMY
    ° 18/6/1633 St-Martin Marseille (+ 29/06/1711 Accoules) x 1667
    A la date du 6/9/1667 de l’acte de mariage la femme de Nicolas JULLIEN se nomme Françoise LOMBARDON(NE) ?
  4. Pierre Nicolas JULLIEN x Claire BOUTASSY
    °8/6/1668 Marseille (+20/05/1732 ChGo) x 9/6/1701
  5. Nicolas Barthélémy JULLIEN x Madeleine LESBROS
    °1701 (+     ??        )  x 20/04/1745 St-Ferreol
  6. Nicolas JULLIEN Delouide x Marie-Françoise DE SURIAN
    °02/03/1746 (+ 22/11/1816 ChGo) x 24/11/1772 Accoules
  7. Joachim Nicolas JULLIEN x Marie Anne FABRON
    °12/27/1775 St-Ferreol  (x 24/08/1809) +  après 1828. Il est négociant au moment de son mariage. Il a un fils Barthélémy Joachim JULLIEN x Jeanne Clément MARON

    1b. Jean-Baptiste Gratien JULLIEN x Jeanne MARON.
    °18/12/1784 ChGo  (x 23/04/1828) +     ???         . Les parrains sont J.-B. Agnel, négociant et Daumas, courtier royal.

Les actes – que j’ai presque tous récupérés en ligne sur le site des archives départementales des Bouches-du-Rhône, nous apprennent que Nicolas Jullien Delouide est écuyer au moment de son mariage – appellation conférée à titre honorifique à quelqu’un qui remplit de hautes charges, chevalier de l’ordre du mérite et échevin ; les échevins élus par les bourgeois ou l’ensemble des habitants, s’occupent des affaires communales ; ils sont classés en 5 ordres : noblesse, avocats, négociants, bourgeois, marchands.
Le Nicolas JULLIEN du XVIIe est cité dans l’Armorial de la ville de Marseille : recueil officiel dressé par les ordres de Louis XIV / publié pour la première fois d’après les manuscrits de la Bibliothèque impériale, comte Godefroy de Montgrand, Marseille, 1864

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Antoine de Saint-Exupéry : la vérité sur sa mort 60 ans après

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Dans de nombreux livres, sur de nombreux sites internet, les circonstances de la mort de Saint-Exupéry ne sont toujours pas explicitées ; jusqu’à très peu de temps, on ne connaissait ni le lieu exact, ni les circonstances de sa disparition. A partir de sources les plus proches possibles des découvreurs, cet article a pour but d’énumérer les principales péripéties de l’enquête émaillée de quelques fausses pistes.
Première publication : 5 avril 2013. Mise à jour : 23 octobre 2016.

Biographie
L’enfant

Jean de Saint-Exupéry rencontre Marie Boyer de Fonscolombe, arrachée à sa Provence natale. Il l’épouse le 8 juin 1896 et le couple s’installe à Lyon.

Antoine, né le 29 juin 1900 à Lyon, est le troisième d’une famille de cinq enfants. Turbulent et désordonné, Antoine invente continuellement des jeux en exigeant des autres de s’y soumettre. Il écrit des vers et se fâche quand on ne l’écoute pas avec attention. Il fait preuve d’une étonnante curiosité pour les moteurs, les trains et les engins volants. Plus tard, il déposera quelques brevet d’invention à l’INPI.

Le pilote
  • Antoine vole la première fois en juillet 1912. Ayant obtenu son brevet civil en 1921, il reçoit une formation de pilote militaire au Maroc, dans les environs de Casablanca où il est muté le 2 août 1921. De retour du Maroc il est dirigé sur Istres (Bouches-du-Rhône) où il s’entraîne sur un vieil avion Caudron G3. Le 23 décembre 1921, il obtient son brevet de pilote militaire. Le 5 février 1922, il est nommé Caporal. Le 3 avril 1922, il est admis élèveofficier de réserveIl a une réputation d’incorrigible distrait.
  • Sur recommandation d’un ami de la famille, le général Barès, Antoine de Saint-Exupéry est engagé par la Compagnie aérienne française (C.A.F.) en 1924.
  • En 1926, Antoine de Saint-Exupéry est recruté par Didier Daurat à Toulouse Montaudran ; il fait son entrée à la Compagnie Générale d’Entreprise Aéronautique (C.G.E.A.), dirigée entre autres par Pierre-Georges Latécoère. Enfin,il rejoint la famille des pilotes Jean Mermoz et Henri Guillaumet.
  • En avril 1931, à Agay (Var) où réside sa soeur, il se marie avec Consuelo Suncin, à la fois écrivaine et artiste salvadorienne qu’il a connue à Buenos Aires. Elle décèdera en 1979.
  • Après une année au service du courrier, Antoine de Saint-Exupéry est nommé chef d’aéroplace à Cap Juby (Tarfaya). En décembre 1935, il se lance dans le raid Paris-Saigon.
  • En janvier 1938, il renouvelle l’aventure et tente le raid New-York-Terre de Feu sur son nouveau Simoun modèle C635. Accompagné du fidèle André Prévost, il embarque à bord du paquebot Ile de France, emportant le Simoun démonté.
  • Dans les jours qui suivent la déclaration de guerre de la France à l’Allemagne le 3 septembre 1939, Antoine de Saint-Exupéry est mobilisé. Il est affecté à la base de Toulouse-Francazal dans une unité de bombardiers où il doit suivre des cours de formation. Cette situation à l’arrière lui déplaît : il veut voler.
  • Le 1er avril 1943, désespéré de ne pas servir son pays, il obtient de la mission Béthouart un ordre de mobilisation. Désormais, les hommes sont intégrés dans le groupe de reconnaissance photographique commandé par le colonel E. Roosevelt. Les appareils de son groupe sont des Lightning P38 ; le règlement établi par les Américains interdit à ceux ayant dépassé la trentaine de piloter ces engins (650 km/heure, 13000 m d’altitude). Il est âgé de 43 ans. Avec une dispense exceptionnelle, en juin 1943, il est autorisé à voler. Le 19 juin, il est reconnu provisoirement apte à voler en P38.
  • Le 25 juin 1943, il est promu commandant et le 29 juin il subit avec succès un test médical. Le 2 juillet, il suit son unité à La Marsa (Tunisie). Le 21 juillet, il effectue sa première mission de reconnaissance au-dessus de la Côte d’Azur. Au retour de la seconde, des incidents de pilotage et une certaine nonchalance en ce qui concerne les consignes techniques lui valent d’être suspendu de vol le 1er août 1943.
  • Après avoir multiplié les entrevues et les suppliques, il obtient l’autorisation de voler à nouveau. Il est affecté à la 31escadre de bombardement début avril 1944. Le 16 mai 1944, il obtient son détachement de la 31e escadre (Sardaigne). Le 14 juin, son premier vol de reconnaissance se déroule au-dessus de Rodez et d’Albi. Le 23 juin, sa seconde mission l’emmène vers Avignon. Le 29 juin, jour de son anniversaire, il vole au-dessus de Grenoble.
  • Le 17 juillet 1944, son unité est transférée à Borgo (Corse) : de là, les hommes doivent préparer le débarquement de Provence.
  • Le 31 juillet 1944, il prend place dans le Lightning n°223 pour une mission de reconnaissance sur la région de Grenoble et Annecy. À 8h35, il décolle de la base de Borgo sa dixième mission dont il ne reviendra jamais. C’est sans doute René Gavoille qui écrira sur le carnet d’activité aérienne, une simple mention : « Mission photo en haute altitude sur le sud de la France. Non rentré. »

Eléments extraits du site officiel 

Quelques unes de ses oeuvres

Écrit pendant son séjour en Argentine, Vol de nuit reçoit un accueil enthousiaste des lecteurs dés sa parution en 1931.

Conte poétique et philosophique, Le Petit Prince est d’abord publié aux États-Unis en avril 1943 puis en France en 1946.

Antoine de Saint-Exupéry débute son activité journalistique en 1932 en livrant ses premiers articles à la revue Marianne nouvellement créée par Gaston Gallimard.

Enquête sur les circonstances de sa disparition

Près de 60 années durant, en dépit de multiples tentatives, le mystère de cette disparition ne sera jamais élucidé.

Un témoignage de 1944 qui prendra tout son sens bien plus tard

Voici quelques années, des copains de Raymond Cantier qui sont dans l’aviation, ont fait le rapprochement entre le témoignage de leur ami et la disparition de Saint-Exupéry.

Je faisais partie d’une petite structure de la Résistance, Jeune République, que dirigeait un gars qui s’appelait René Monory. […] Ce jour-là, avec des copains, nous étions coincés près de Marseilleveyre, à cause des soldats allemands d’une casemate. On se planquait quand j’ai vu un avion allié pris en chasse par un Allemand. […] J’ai dit à un de mes amis : ’Il ne va pas s’en sortir’. […] Les deux avions se suivaient d’assez près. L’Allemand a tiré, l’avion est tombé en mer… R. Cantier

Disparition de Saint-Exupéry : l’allemand a tiré, l’avion est tombé en mer, La Provence

L’hypothèse de 1994 : le cimetière de Carqueiranne

En 1994, une controverse avait surgi autour de nouveaux témoignages, contestés par la famille, affirmant que l’écrivain était enterré dans un cimetière de Carqueiranne, une petite commune du littoral varois. C’est le corps d’un homme

âgé de trente à quarante ans, taille d’environ un mètre soixante quinze, de corpulence vigoureuse, […] auquel adhéraient encore quelques lambeaux d’effets militaires

qui avait été repêché au large de la ville le 3 septembre 1944. La famille du pilote écrivain s’était toujours refusée à son exhumation.

Les expéditions : dans la baie des Anges, 1992 et Giens, 1993

En 1981, Daniel Décot, historien spécialiste de l’aviation, exhume un rapport de la Luftwaffe où l’aspirant Robert Heichele affirme avoir été attaqué ce fameux 31 juillet 1944 par le double fuselage si caractéristique d’un Lightning au-dessus de Castellane. L’Allemand aurait descendu son ennemi en combat singulier, avant de le voir s’abîmer en mer à 12 h 5, à une dizaine de kilomètres au sud de Saint-Raphaël.

Le témoignage de Robert Heichele relance l’enquête ; une expédition de recherches, en octobre 1992, est financée par le Champagne Louis Roederer – dans la baie des Anges, non loin de Nice. A bord du Suroît, navire de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer), les compagnons de route de Saint-Ex, René Gavoille et Jean Israël, ainsi que Frédéric, le petit-neveu de l’aviateur. Pendant quinze jours, les moyens les plus perfectionnés sont utilisés pour localiser l’avion. Sans succès.

Une seconde campagne, dans le golfe de Giens est un nouvel échec.

La pêche miraculeuse de Jean-Claude Bianco, le 7 septembre 1998.

En découvrant, par hasard, le bijou de l’écrivain, Jean-Claude Bianco, pêcheur marseillais propriétaire du chalutier l’Horizon, relance l’affaire contre son gré. Le 7 septembre 1998, ses filets remontent une drôle de concrétion calcaire où brille la chaîne en argent. Outre les nom et prénom du pilote disparu et celui, entre parenthèses, de sa femme, se lisent sur deux autres lignes : « c/o Reynal & Hitchcock », puis « 386, 4th Ave. NYC USA », les éditeurs de l’auteur et leur adresse.

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Le Hameau du Trou à Saint-Antonin sur Bayon

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Mise à jour significative du contenu le 17 février 2014
Tous les randonneurs en route pour la Sainte-Victoire en passant par le refuge Cézanne connaissent le hameau du Trou et sa petite chapelle coincée contre un rocher isolé au milieu d’une aire plate, sur le piémont sud de la montagne.  Afin d’être restauré par le conseil général des Bouches-du-Rhône, il a fait l’objet d’un diagnostic archéologique.

Je remercie infiniment Nathalie Molina et Xavier Chadefaux de l’INRAP de m’avoir communiqué ce document de diagnostic qui a servi de base à mes réflexions.

A l’aide de cette étude, de quelques lectures dont un livre édité par les Amis de Sainte-Victoire, je vous propose un essai de compréhension de ce site. Toute personne pouvant infirmer ou confirmer un élément historique peut m’écrire webmaster de randomania : par avance, je la remercie.

Eléments de chronologie historique de Saint-Antonin sur Bayon

Au second âge du fer, la zone du Trou était déjà occupée ; à l’époque gallo-romaine, le site est réoccupé mais rien ne permet d’affirmer qu’il l’a été de façon continue ensuite. A proximité immédiate du hameau, aucun indice de cette occupation n’a été trouvée.

Les vicomtes de Marseille héritent du domaine de Bayle (plateau du Cengle) vers 950  ; ils donnent le castrum de Saint-Antonin aux moines de Saint-Victor ; puis s’y établit la célèbre commanderie templière en accord avec les moines de Saint-Victor.

En 1550, la seigneurie de Saint-Antonin est rachetée par Antoine Donat puis elle passe aux mains de Jérôme Odaly (vers 1550), Louis de Garnier (1650) dont le père avait épousé la dame de Saint-Antonin et de Bayle. Ce dernier payait toujours une redevance au prieur de Saint-Victor.

Liens entre le Trou et l’Ermitage de Sainte-Victoire

  • Une donation de terre effectuée par Gaspard de Garnier, seigneur de Saint-Antonin et Rousset en 1659 au Sieur Aubert [abbé au prieuré] mentionne à plusieurs reprises les textes de la fin du XVIIè s. Il est question d’un

vallon situé au sud de l’Ermitage jusqu’à un grand rocher qui s’étend en pyramide au milieu dud-vallon, le séparant en deux.

La donation précise que

le sieur de Saint-Antonin donne à bail le terrain (…) pour pouvoir, led-Messire Aubert ou ses successeurs aud-hermittage, y planter arbres, y construire tel bâtiment qu’ils trouveront bon.

Il s’agit  des terrains en forte pente situés au sud de la falaise du côté du jardin des moines. Un espace carré d’à peine 100m de côté (mesuré sur carte IGN), avec un rocher en forme de pyramide bien visible depuis la brèche.

  • L’acte de 1674 (ADBdR 301 E 1292) porte sur un territoire cédé par le Seigneur de Beaurecueil et Roques Hautes, le Sieur (Pierre ?) de Cormis, à Aubert, prieur de l’Ermitage Notre-Dame de Victoire.

Il s’agit d’une terre située au quartier des Armellins terroir dudit Roques Haultes d’une étendue de 31 journaux. Cette terre semble proche du domaine de l’Ermitage ; il est question d’un droit de passage par le Bau Rouge pour aller et venir de Vauvenargues. Cet acte autorise aussi la construction de plusieurs bâtiments, à savoir un four à pain, des fours à chaux, un pigeonnier « à cheval », une garenne et enfin, une chapelle. Approximativement, compte tenu que le journal était une mesure fort variable d’une région à l’autre, ou même d’une commune à l’autre, la terre cédée mesurait approximativement 31*0,33ha ± 10 ha.

Plutôt que 31 journaux, il serait préférable d’écrire 30 + 1 car le journal supplémentaire lui est donné en échange de la promesse de dire une messe à l’ermitage, ou dans une chapelle qu’il construirait à Roques-Hautes.

  • Le document de 1681 (ADBdR 4 B 98) est le texte de la donation avortée – faite par le Sieur Aubert à l’ordre des Camaldules – du domaine de l’Ermitage appartenant au territoire du Seigneur de Beaurecueil.

Le texte rappelle le devoir de dire une messe tous les ans dans la chapelle qui doit être faite. Il est clairement écrit que […] ledit Messire Aubert a fait construire une bastide, fait planter des vignes, arbres fruitiers et autres. M. Court, historien de l’Ermitage, propose d’associer la bastide de 1681 au domaine de Riouffé, dont les ruines sont toujours visibles. Il s’appuie pour cela sur une mention de l’abbé Paulet (1905) : « J. Lambert a reçu en louis d’or et en pièces d’argent et autre monnaie de Me Jacques Riouffé, […] la somme de 123 livres » pour une bastide et son affard qu’il a acquis, et auxquels l’abbé Aubert fait référence dans son testament de 1692.

  • Septembre 1682 : Enquête demandée par l’archevêque

Les habitants réclament une chapelle sur leur territoire pour éviter de se rendre au Tholonet trop éloigné. Parfois, ils utilisent la chapelle du château, ce que n’aime pas le seigneur du lieu. L’archevêque ordonne une visite pour compter le nombre d’habitants de Roques-Hautes. La décision de construire une chapelle est prise. Plus de raison que l’abbé Aubert en construise une.

  • 14 novembre 1682 : vente du terrain de Roques-Hautes
    Les limites du terrain sont clairement exposées ; elles n’ont pas changé depuis la création du fief, et ne changeront pratiquement pas ensuite. A l’est, c’est celle des terres du seigneur voisin de Saint-Antonin.

    … confrontant de levant et de midi de long en long terroir du Sr de Saint-Anthonin, et dudit côté de midi le vallat dit de Bayeu, le grand chemin allant d’Aix à Saint-Anthonin entre deux de couchant [ouest] et septentrion [nord] terres dudit sieur de Beaurecueil.

    Le texte précise que 30 journaux [sont] francs de cense et un journal [est] chargé de quinze sols annuellement […] pour tenir lieu et place de [???] la messe que ledit messire aubert s’était obligé […] dire annuellement pendant qu’il jouirait desdits biens.

Aubert s’était engagé à dire une messe à l’ermitage, tous les ans, pour le Sieur de Beaurecueil et son père, en échange de ce 31è journal à Roques-Hautes ; pour pouvoir en jouir,  les futurs acheteurs devront payer 15 sols de cense.

M. Court suppose que la donation du seigneur de Beaurecueil inclut le hameau du Trou mais d’après le texte précédent, cette terre ne lui appartenait pas. Plusieurs indices par la suite le confirmeront :

  • il est écrit clairement que les limites de sa propriété à l’est, ce sont les terres du seigneur de Saint-Antonin ;
  • les états de capitation de Saint-Antonin (et non Beaurecueil) à cette époque ; en 1704, selon J. Ganne, y figurent 8 ‘David’, identifiés comme demeurant au Trou et au Bouquet ;
  • les recensements de population : en 1728, celui de Saint-Antonin inclut le quartier du Trou ;
  • Au début du XVIIIè la commune est très pauvre : 11 maisons habitées en 1728 dont 4 autour du château, 2 au Trou (sans doute les parents de François et Dominique David recensés sur le cadastre napoléonien de 1827), 4 au Bouquet et 1 à Subéroque. Quelques rares tessons plus anciens confirment cette occupation.
  • Puis on retrouve une trace écrite du hameau du Trou sur la carte de Cassini de 1778 ; il figure avec le même symbole que la Coquille ou Genty, c’est à dire comme établissement agricole : les ruines d’habitations, d’un four à pain, de deux puits, de quelques bâtiments agricoles et d’une aire de battage, les restanques, le confirment ; à l’est un lieu nommé Chateau-Vieux (château de Saint-Antonin sur Bayon), au sud Rieufont (sans doute le Riouffé actuel), à l’ouest la bastide de Roque-Hautes représentée comme un château ou une gentilhommière.
  • Pas de chapelle indiquée sur le cadastre de 1827.
  • On retrouve trace officielle des habitants du Trou sur les recensements de 1841, 1846 et 1851 mais pas au delà.
  • M. Court nous apprend que

    dans ce quartier existe une chapelle ruinée, au pied d’un bloc de pierre surmonté d’une croix. On l’appelle ermitage du Trou. Du temps de l’abbé Fissiaux et de la colonie pénitentiaire de Saint-Pierre sise au château de Beaurecueil [ndlr : la colonie a existé de 1853 à 1880], cette chapelle était fréquentée. Elle était dédiée à Notre-Dame des Sept Douleurs, et le père Rousset en fut longtemps le gardien. Il y a accueilli, après 1875, les pèlerins de la Croix de Provence au retour de leur excursion ; elle est donc mentionnée pour la première fois à la fin du XIXè s.

D’après la biographie de Charles Fissiaux, en 1853 le P. Fissiaux demande à l’état une propriété presque inculte à Beaurecueil pour y créer une ferme modèle pour les détenus qui parviennent à y faire pousser de la vigne ; l’abbé Fissiaux, agronome distingué, a reçu la médaille vermeil pour l’ensemble de ses produits en 1857 au concours agricole ; en 1853, le pape daigne approuver les règles et constitutions de l’Institut de Saint-Pierre-es-Liens.

  • L’abbé Constantin qui recense toutes les chapelles rurales des paroisses du diocèse d’Aix à la fin du XIXè ne cite pas cette chapelle : elle n’est donc pas consacrée, sans office religieux ni abbé désigné.

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