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Traverser la Durance à Mirabeau

By nicoulina on février 17th, 2012
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Le décor

IMG_0876En se rendant par la route d’Aix en Provence à Manosque, le conducteur traverse  la Durance1 sur un nouveau pont au défilé de Mirabeau (aussi appelé Cante-Perdrix).  L’anticlinal de Mirabeau et les reliefs encadrent  le défilé de manière permanente et statique. A côté de cela, la Durance qui semble si calme, a construit un lit qui semble anormalement large : c’est que la Durance, torrent de montagne,  avant d’être domestiquée,  a dévasté par ses crues, érodant les berges, inondant les terres cultivables.

Les crues

Mme de Sévigné, dans une lettre à sa fille s’exclamait en parlant de la Durance :

Je ne reviens pas de l’étonnement de sa furie et de sa violence  ; lettre CCLXXVI, 27/11/1675.  je croyois que vous attendriez au moins que vous  eussiez passé cette chienne de Durance. Lettre CCXXII, 3 juin 1675.

En 1664, César, le fils de Nostradamus, résumait dans son Histoire de Provence :

La Durance est naturellement brusque, violente, limoneuse, furieuse, inconstante, inapprivoisable et méchante […] elle ne se laisse manier à sorte de bateaux quelconques […] hors de quelques radeaux qui ne craignent les tempêtes.

L’étude des archives nous apprend que les crues étaient récurrentes au XIVè siècle, s’intensifient au milieu du XVIè et perdurent jusque vers 1850. 188 crues de plus de 3m au pont de Mirabeau entre 1832 et 1890 dont 7 supérieures à 7m.

Celle de 1843 entraina presque tous les ponts de la rivière entre les Mées et Cavaillon. mirabeau carte etat major 1900 avec les isclesLes cartes de l’époque révèlent une rivière bien plus large qu’aujourd’hui avec de multiples chenaux entre des iscles2 comme le montre la carte d’état-major du début du siècle.

Dans le but de protection contre les crues et production d’électricité, le cours de la Durance est aménagé dans les années 1960 : barrages de Serre-Ponçon, l’Escale, Sainte-Croix ; les débits ont été  réduits : à Mirabeau, le débit moyen annuel passe de 175m3/s pendant la période 1939-1958 à 11m3/s entre 1961 et 1985. Les lits fluviaux se rétrécissent, la végétation envahit la rivière qui s’enfonce sous l’effet des extractions de matériaux (carrières), les constructions de lotissements, zones d’activité, voies de communication, se développent en bordure de rivière.  crue 1993 lit majeur et mineur se confondent

Depuis que l’aménagement est terminé, quelques crues (1963, 1976, 1977, 1993) ont montré à ceux qui s’étaient trop approché de son lit mineur pourtant démesuré, qu’elle était néanmoins toujours aussi redoutable.

Traverser la Durance au cours de l’histoire

Routes et ponts autrefois

Sous Auguste l’itinéraire le plus fréquenté et le plus court de Tarascon à l’Italie est celui de la Durance ; au VIè siècle les Lombards le suivent d’Embrun aux abords d’Avignon. Au XIIè siècle le comté de Forcalquier s’étire le long de la Durance de la Tour de Sabran (Cavaillon) à Roche de Rame (près d’Embrun).

Ce tracé traditionnel était aussi celui des troupeaux transhumants entre la Crau et les Alpes. La route de la Durance sera aussi celle des pèlerins se rendant à Rome.  Pont romain sur le BuèsLa grande route du Rhône en Italie ne traversait la Durance qu’une fois, à Cavaillon, à l’aide d’une barque ;  c’est le nocher qui faisait traverser le cours d’eau. Les ponts romains qui subsistent se trouvent tous sur des voies secondaires : sur l’Aiguebelle à Céreste, sur le Buès à Ganagobie.

Ponts à Mirabeau

  • D’après Claude-François Achard « le pont de Canto-Perdrix existoit encore à cette  époque [1233]« . Ce serait le premier pont à cet endroit. Parmi les ponts modernes,
  • un premier pont, encore fragile, fut ainsi construit en 1835, dont les culées furent emportées par la grande crue de 1843.
  • Mais en 1847 on termina la construction d’un pont assez solide pour durer jusqu’en 1935. Ce sont ses pylônes monumentaux, de pierre et de brique, d’un style néo-roman assez impressionnant, qui subsistent encore. Sa portée était de plus de 150 m, au plus étroit du défilé, à côté de la chapelle Ste-Madeleine.
  • IMG_0893IMG_0902À ce second pont succéda en 1935 un troisième pont suspendu, qui dura jusqu’en 1990, pont tout aussi monumental, et dont les grandes plaques de pierres sculptées en hauts reliefs féminins représentant les quatre départements jouxtant le pont ont été récupérées et ornent actuellement le centre du rond-point
  • l’ouvrage contemporain… à piles, traditionnel dans le principe.

Barques et bacs

les bacs sur la Durance au Moyen-AgeAu moyen-âge les bacs sur la Durance étaient relativement nombreux : Pertuis, la Brillanne, près de Sisteron. Ils apparaissent parmi les biens octroyés par des chevaliers, détenteurs de seigneuries, à de grands monastères provençaux.

gravure du bac à trailles de Mirabeau

Le bac de Mirabeau (19m de long, 4m50 de large) était l’un des plus fréquentés. Le lieu-dit « la Barque » près du pont de Mirabeau, rappelle sans doute ce lieu de passage. Les bergers qui conduisent les troupeaux aux alpages passaient probablement par le bac de Meyrargues ou Mirabeau. Les plus grands bacs pouvaient recevoir jusqu’à 180 personnes, ou 15 chevaux, ou bien 1 ou 2 charrettes.

  • Le 11 décembre 1364 Foulque d’Agoult vend le port de Mirabeau à Augier de Forcalquier, seigneur de Mirabeau qui obtient le « pouvoir de faire un port ou d’établir un bateau sur la Durance entre le territoire de Mirabeau d’un côté et le territoire de la Cour, de l’autre côté… avec toute autorité d’y faire traverser les gens, bêtes et autres choses [...]« 
  • En 1488, le nouveau bac de Mirabeau ne mesure que 14 m  de long pour 4 m de large ; en 1506, il était plus petit encore, sans doute parce qu’il ne transportait que des gens à pied ou à cheval

Voir gravure : la circonférence de la traille, gros cor­dage tendu en travers de la rivière et servant au pas­sage du bac, mesurait jusqu’à 360 m de long à Mirabeau, en 1831. La traille était attachée des deux côtés aux collines qui bornent le lit de la Durance.
On éloignait d’abord le bac de la berge avec une perche, et le courant venait alors frapper le flanc de la barque, qu’on maintenait légèrement inclinée à l’aide du gouvernail, donnant ainsi l’impulsion nécessaire pour la traversée : par l’intermédiaire de son arbre, le bateau coulissait le long de la traille et avançait ‘en crabe’ jusqu’à l’autre rive. Lorsque le courant n’était pas assez fort, on se halait sur la traille à la force des bras… Pour que cet astucieux système soit efficace, il fallait que la traille soit réglée correctement en hauteur et maintenue toujours tendue.

cabestan du bac de MirabeauPour cela, on la faisait passer sur des ‘chèvres‘ (ou fourches), de bois croisés, et la tension pouvait se régler par un ou deux ‘tours‘ (ou cabestans), le tout installé sur les rives. Sur la berge, des ‘cordes secondes‘ haubanaient la traille (à Mirabeau, il se peut qu’elles aient été accrochées au rocher où se trouve la chapelle car un anneau de fer est encore visible).

Il faut attendre le XIXè siècle pour que l’accès au bateau passe de structures précaires ou chemins empierrés à de véritables rampes d’accès. A Mirabeau un quai maçonné existe depuis le XVIIIè ; pour éviter aux passants de nombreux errements dans le lit de la rivière, les bateliers devaient baliser le chemin menant au bateau. Quelquefois il était nécessaire de franchir à gué certains bras d’eau. Parvenus au bateau, les voyageurs embarquaient en gravissant le trapadour, sorte de passerelle en bois faisant la jonction etre la terre ferme et le bord supérieur du bac.

Les chapelles protectrices

IMG_0855Sainte-Madeleine : en 1251 la petite église romane est dénommée Sainte-Marie-Madeleine du Pont, patronne de nombreux hospices pour voyageurs. Les voyageurs venaient solliciter la protection de Dieu et le remercier.

Saint-Martin

Selon C-F. Achard, « Il y avoit une chapelle à chacune de ses extrémités [...] sur la gauche celle de Saint-Martin. Auprès de cette dernière, étoit un hopital [...], de même qu’à Saint-Paul de Durance. Le soin de ces maisons fut confié à des chanoines réguliers de la congrégation de Chalvet. » Si l’on regarde la carte de Cassini établie en 1778, de l’autre côté du pont, il est fait mention de Saint-Martin. La chapelle a disparu au moment des travaux autoroutiers.

Conclusion

Le bac à trailles, principe d’ensemble de ce procédé de franchissement, est apparu au moins dès le XVIè siècle ; au XIXè siècle, il ne s’est appliqué qu’au bassin de la Durance et à ses affluents, et non aux autres cours d’eau français. Pas si vieux que cela… Le département des Bouches-du-Rhône a toujours un bac, celui de Barcarin. Pas si démodé…

Bibliographie

Le défilé de Mirabeau : un grand site naturel humanisé à fonction primordiale de passage, André de Réparaz
La navigation sur la Durance depuis les gaulois jusqu’au XIXè siècle – bateaux, bacs et radeaux : aperçus techniques, Jean Ganne, Amicale des lycées Vauvenargues, 2005
La Durance de long en large. Ouvrage collectif, les Alpes de lumière. Edit. : Edisud, Aix. 2005


1Durance : forme grecque drouentias, forme latine Durentia se retrouvent dans le nom de beaucoup de rivières alpestres et signifierait courir, couler avec force

2iscles : îles formées de galets et de sables


L’aqueduc de la Traconnade à Peyrolles

By Alain Balalas on janvier 31st, 2012
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Extrait de PeyrollesInfo, janvier-février 2012, n°77
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Il arrive que les promeneurs s’étonnent de rencontrer de grands « trous » carrés qui parsèment les bois au sud de la commune. Ce sont les restes de l’ancien canal romain de la Traconnade – du nom de la propriété où jaillit une de ses sources à Jouques – qui traverse la commune de Peyrolles en direction d’Aix-en-Provence. Les Romains, qui avaient de grands besoins en eau, construisirent plusieurs aqueducs dont les restes plus ou moins bien conservés, parsèment la campagne aixoise. Il serait souhaitable d’envisager de les protéger.

De nombreux vestiges ont été découverts sur la commune de Peyrolles grâce à des équipes venues de Jouques, de Venelles, d’Aix, de Saint-Etienne, de Fréjus, et même de Cambridge, qui se sont jointes aux chercheurs peyrollais ; voir sur le site AVEC, une vidéo sur l’antiquité romaine de Venelles (le domaine de Saint-Hyppolite), sur le site randomania visites à Peyrolles, Jouques et Meyrargues explicités. Une projection commentée a eu lieu à la salle des mariages de la Mairie d’Aix pour les Journées du Patrimoine 2011.

On trouve trois types de vestiges à Peyrolles :

  1. regards d’entretien maçonnés
  2. effondrements ou voûtins
  3. ouvrages d’art de franchissement de vallons

On rencontre six franchissements de ce type à Peyrolles :

  1. Vallon de la font de l’Oume (l’Orme), un aqueduc dont les piles se voient encore
  2. Carrière Dubuisson, chemin de Loubatas, un pont dont les traces se voient dans la roche
  3. Vallon Pétugue (du Bès) ancrage dans le rocher, restes du specus (fond du canal), d’un mur identique à celui du vallon d’Azard à Jouques
  4. Vomanos, petit mur barrage à parois verticales
  5. Vers Aubusson à Entuve agglomérat de moëllons, vestige d’un mur de thalweg
  6. Pont à arcades pour traverser le vallon de Barrême / Pelloutier vers Saint-Joseph

il est assez difficile de trouver tous les vestiges de l’aqueduc. Ils sont disséminés dans la végétation, dans des propriétés privées clôturées et l’abord de certains est passablement dangereux. Il n’est pas conseillé de s’aventurer dans les conduits sans être accompagné d’une personne expérimentée. Pour visiter éventuellement , s’adresser à l’office du tourisme ou à moi-même.

Alain Balalas, conservatoire de l’instruction publique de Peyrolles-rétro


Les trois chapelles de Digne sur le mont Calvaire

By nicoulina on décembre 18th, 2011
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Lcircuit de randonnée des trois chapelles, facile, passe par trois chapelles bien connues des Dignois : la chapelle Notre-Dame de Lourdes, la chapelle Saint-Vincent et la chapelle de la Croix. Chacune a ’son’ histoire, ’son destin’, mais qui les connait aujourd’hui ?

Notre Dame de Lourdes, réplique de la balisique de Lourdes

IMG_7116.JPGLa grotte sous la chapelleLa plus surprenante, Notre Dame de Lourdes, au dessus de l’ancien petit séminaire, Notre Dame de Lourdes se veut en effet une réplique en miniature de la balisique Notre Dame de Lourdes : elle est bâtie au-dessus d’une petite grotte. Le chanoine Reymond, directeur principal du petit séminaire, la fait construire en 1870. Deux messes matinales y étaient célébrées chaque samedi de mai et juin et attiraient beaucoup de monde. Comme seule une cinquantaine de personnes pouvaient y pénétrer, les autres demeuraient sur la plate-forme devant la porte. Les soldats se recommandaient à elle, les ex-voto en témoignent, les étudiants y priaient avant leurs examens.

IMG_7119Elle fut restaurée en 1958 pour le centenaire des apparitions de Marie à Lourdes. On lui donna alors une voûte bleu ciel avec des bordures aux couleurs de la Provence rouge et or, partiellement visibles aujourd’hui. Une nouvelle série de travaux fut effectuée en 1977 mais peu de temps après, de jeunes vandales l’ont saccagée : un clocheton a été abattu, la cloche a disparu, les vitraux ont été brisés à la carabine, les murs couverts de graffitis, les portes arrachées et le plancher défoncé.

La chapelle Saint-Vincent et le prieuré, mille ans d’épreuves

Repères historiques

  • IMG_7138Située sur la colline dominant la chapelle Notre Dame du Bourg, la chapelle est mentionnée  en 1180 dans les bulles d’Alexandre III et en 1184 dans celle de Lucius III. Saint-Vincent, premier évêque de Digne, aurait fait un séjour sur cette colline.
  • 1349 : transfert des reliques de Saint-Vincent à la cathédrale
  • Le sanctuaire devient un prieuré du chapitre de Notre Dame du Bourg et en dépend jusqu’en 1495, date à laquelle l’évêque Antoine Guiramand l’incorpore à l’ordre des Frères de la Sainte-Trinité et de la rédemption des captifs qui y établissent leur couvent.
  • Durant les guerres de religion, Lesdiguières attaqua la chapelle que l’on avait fortifiée et qui résista une journée ; pendant la nuit, les soldats chargés de la défendre y mirent le feu et s’enfuirent. L’église et le couvent restèrent à l’état de ruines jusqu’au moment où Honnorat Blanc, curateur des biens du monastère, parvint à remonter en partie l’église du couvent. Au sommet de l’arceau ogival séparant le sanctuaire de la nef, se lisait encore en 1839 l’inscription signum redemptionis nostrae 1597.
  • L’édifice fut rétablie non plus en pierres de taille mais en tuf équarri. L’évêque de Digne lors de sa visite épiscopale  en 1606, rapporte que l’église est à demi couverte et assez mal bâtie. Les Trinitaires déménagent en ville.
  • Vendue en 1770 au Grand Séminaire, confisquée pendant la révolution comme bien national, elle fut vendue à Charles et Antoine Bayle. Seule l’abside pouvant servir de grenier à foin, fut sauvée.
  • En 1924, elle revint au clergé qui y célébra la messe pendant quelques années puis l’abandonna.
  • Bombardée en 1944, elle a été restaurée en 1950 grâce aux indemnités de dommages de guerre.

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