Archéologie de l’aqueduc romain de la Traconnade d’après ses vestiges

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Les sources

D’après l’association Peyrolles Rétro, le début de l’aqueduc serait visible depuis le chemin de la Palunette, à Bastide Thénoux, sous forme d’une petite entrée taillée dans le roc mais plus de trace de la prise d’eau. Voir le montage Dailymotion sur les vestiges

Canal

image02.jpgIMG_8828.JPGLe premier vestige taillé en plein rocher, ce qui est assez rare dans le monde romain, est proche de la prise d’eau, en bordure de route. Précédé de socles rocheux, il devait comporter un aménagement spécial. L’intérieur du canal est en bon état. Par endroit les concrétions ont disparu, laissant apparaître des pierres taillées en grand appareil. IMG_8830.JPGPour avoir les mains libres pour travailler, les ouvriers posaient leur lampe à huile dans des petits logements creusés dans la roche à intervalles réguliers. La circulation dans le radier1 y est possible sur plusieurs dizaines de mètres, la hauteur du canal étant d’1m60 environ.

le soubassement des piédroits, construits et s’appuyant à certains endroits au-dessus de la roche taillée au niveau du radier.

Particularités observées :

  • le soubassement des piédroits, construits et s’appuyant au-dessus de la roche taillée, au niveau du radier.
  • Un passage étonnant, où l’on trouve successivement l’aqueduc construit entièrement, puis un passage sous une voûte taillée dans la roche, et au bout de quelques mètres, à nouveau la construction. On sait que les ouvrages de type ‘tunnel’ étaient creusés par deux équipes allant  à la rencontre l’une de l’autre (exemples célèbres en Algérie à Saldae, et sur l’aqueduc du Gier) selon les principes de Vitruve.

IMG_8562.JPGIMG_8673.JPGLe plus souvent, sur Peyrolles et Jouques, les vestiges sont des voûtins (portion de voûte) en claveaux, variables en nombre, qui émergent du sol, à peine visibles mais permettent de marquer le tracé de l’aqueduc.

Regards de visite

Eléments essentiels pour la construction d’un aqueduc, ces derniers – appelés alors puits sur les tunnels –  servirent au moment de la construction, à déterminer le tracé, à vérifier le niveau de la pente, à dégager les déblais et à ventiler les ouvriers ; l’aqueduc en usage, ils permirent son accès afin d’assurer l’entretien de l’ouvrage. JC Litaudon

IMG_8564.JPGDe nombreux regards2 permettent de contrôler ou de nettoyer la conduite ; rectangulaires, bordés de parois en petit appareil, ils sont toujours soigneusement voûtés en claveaux3, le plus souvent placés de façon régulière tout le long du parcours, tous les 72 mètres ce qui correspondrait à deux actus4, par analogie avec les principes énoncés par Vitruve et Pline l’Ancien (37 à 79 ap, livre XXXI, ch. XXXI) […]: « …il faudra faire des regards de visite tous les deux actus« .
Cette règle a été appliquée à l’aqueduc du Gier à Lyon, en effet une recherche systématique, depuis 1980, en a permis le recensement de près de 90 à ce jour, tous de plan rectangulaire. Selon J.C. Litaudon, ils sont de deux types, en alternance, de petit module (largeur du canal, 0,60 approx.), de grand module (90 x 90), ces derniers ayant un fond plus bas que le radier1 du canal, bac destiné à récupérer les sédiments ; les intervalles entre eux, vont de 68 à 80 m. Mais en zone plane et linéaire, les intervalles sont alors proches de 77m, deux actus romains de 120 pieds.

Ils peuvent être placés également à proximité de points sensibles du parcours comme les ponts de franchissement de vallons. A la verticale de ces regards, on peut observer sur plusieurs aqueducs romains  des bacs de décantation pour piéger les fines (impuretés véhiculées par le flux) : cela ne semble pas être le cas de la Traconnade.

IMG_8681.JPGDes encoches – opes5 – creusées dans les parois pour l’emplacement d’échafaudages facilitent l’accès au conduit durant la construction. Mais n’étant pas situées en vis à vis, il devait y avoir un autre dispositif mobile pour descendre au niveau du canal.
Le regard le plus difficile d’accès, est profond de plus de 2m ; les opes en vis à vis, sont bien visibles. Un morceau de la dalle de couverture se trouve probablement dans le fond.

Tableau et photos des vestiges de l’aqueduc de Gier, Groupe archéologique Forez-Jarez

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Les tours de Volonne

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Le village et les toursEn arrivant à Volonne après avoir franchi la Durance grâce au magnifique pont à haubans construit en 2006, l’attention du visiteur est attirée par la présence de deux tours énigmatiques qui surplombent le village. Perchées l’une et l’autre sur une étroite crête rocheuse, elles semblent veiller sur le destin des villageois sans que l’on comprenne vraiment comment, c’est à dire que l’on ne devine pas au premier abord quelles ont été leurs véritables fonctions.

La tour de guet

La tourLa plus haute tour aurait été construite au début du XIe siècle. Il y avait à cet endroit une petite construction militaire, un lieu fortifié dont l’unique usage était de servir de point d’observation à une époque où les invasions étaient fréquentes et leurs conséquences désastreuses. Du sommet du piton rocheux, on jouit effectivement d’une vue d’ensemble sur la moyenne vallée de la Durance et l’on comprend aisément que le seigneur du lieu ait pu faire construire cette tour pour parer à toute menace venue de l’extérieur. Une partie de ce système défensif existe encore sous la forme d’un chemin de ronde que l’on peut atteindre à partir de la rue de Vière.

Vestige de la tourAu pied de la tour, du côté est, se trouve une petite plate-forme sur laquelle semble avoir existé une construction. De toute évidence, cette tour était l’élément le plus important de l’ensemble. C’est ce qui explique le soin particulier avec lequel elle a été construite.

Les vestiges de cette tour se présentent sous la forme d’un pan de mur très élevé percé au niveau du sol d’une belle baie romane bien conservée et à mi-hauteur d’une deuxième ouverture de forme rectangulaire dont on ignore la fonction. Les murs en sont très épais et malgré les apparences jouissent encore d’une étonnante stabilité. Cette tour a fait l’objet d’un chantier de restauration entrepris par la mairie de Volonne en partenariat avec la Fondation du Patrimoine.

La tour de l'horlogeNous ne savons pas grand chose au sujet de cette tour. La seule chose dont nous soyons certains, c’est qu’elle était encore utilisée pendant les Guerres de Religion et de la Ligue car une délibération du 27 octobre 1596 nous apprend qu’un petit contingent de soldats y montait la garde. Nous ne savons rien de plus à propos de l’histoire de cette tour qui se dresse pourtant sur son promontoire rocheux depuis près de mille ans !

Chaque fois que l’histoire est prise en défaut, les légendes et les récits les plus fantaisistes prennent le relais. Ainsi, on a prétendu que cette tour avait servi de tour à signaux, correspondant avec celle d’Aubignosc et avec une autre située à Montfort. On a dit également qu’elle communiquait par un souterrain avec l’église Saint-Martin située aujourd’hui dans le cimetière. Nous ne possédons aucune preuve ni de l’une ni de l’autre de ces deux affirmations.

Plus prosaïquement, on sait que la tour a servi de paratonnerre ce qui semble bien plus plausible.

La tour de l’horloge

L'horlogeLa seconde tour est de construction plus récente. Elle date du XVIe siècle et semble avoir toujours abrité l’horloge communale : la relogi en provençal. Une délibération du 7 janvier 1601 nous apprend que : « Les syndics donnent la conduite et gouvernement du relogi à Daniel Guigues pour 4 escuts et pour un an ». Quatre-vingt ans plus tard, une délibération du 19 mai 1681 « donne à prix-fait d’accomoder l’horloge et d’y mettre une réplique ».

D’autres répliques durent être installées au cours des temps car l’horloge actuelle ne date que du XIXe siècle et donne toujours l’heure exacte aux villageois. L’intérieur rappelle celui d’un colombier de forme carrée sauf qu’il n’y a pas de boulins. Plusieurs échelles en bois permettent d’atteindre les paliers successifs de la tour jusqu’au sommet où se trouve le mécanisme de l’horloge qui semble fonctionner aujourd’hui à l’électricité si on en juge par la présence d’une ligne électrique.

Le sentier Heyriès

Un sentier permet d’accéder aux deux tours dans les meilleures conditions possibles. Il a été aménagé grâce à la générosité de Paul Heyriès à laquelle une plaque rend hommage depuis octobre 1983.

Plaque Paul Heyriès

Le tour de Tigne

Tigne est le nom d’un sommet rocheux qui se dresse non loin de là vers le nord. Le chemin part des deux tours et traverse la forêt des Pénitents avant d’atteindre le sommet et de redescendre par le ravin de la Grave.

Chemin de Tigne

Ouvrage consulté pour la rédaction de cet article :

Volonne, sa géographie, son histoire, Camille Raymond, d’après l’oeuvre manuscrite de Pierre Donnadieu, secrétaire de mairie à Volonne. Forcalquier, Imprimerie Testanière, 1961

Sur internet :

La tour de guet de Volonne sur le site Fondation du Patrimoine

Les tours de Volonne et la balade du sommet de Tigne sur le site Balade en Provence

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Saint-Michel, la chapelle au bord du précipice

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Un lieu de méditation

Les randonneurs qui gravissent le sommet du Cousson ne manquent jamais de se rendre à la chapelle Saint-Michel qui se trouve sur le flanc sud de la montagne, au bord de la falaise, à 1480 mètres d’altitude, au-dessus de la Clue de Chabrières et de la vallée de l’Asse qui coule 850 mètres plus bas.

La chapelle actuelle a été construite en 1894 et restaurée en 1983. Elle fait partie des dix chapelles rurales qui entourent la ville de Digne. La découverte, en contrebas de la chapelle, de tombes de l’époque médiévale laisse penser qu’autrefois un édifice plus ancien devait se trouver au même emplacement.

Du fait de son isolement et de la rudesse de la vie en ces lieux, le Cousson a inspiré très tôt des vocations érémitiques. Au XIe siècle, un certain Almérad, prêtre de son état et grand propriétaire terrien dans le pays d’Entrages, fonde un ermitage au sommet du Cousson dont l’église, sacrée par Bernard, l’évêque de Digne, est placée sous le vocable de Saint-Michel Archange. Cette église, qualifiée de cella dans le cartulaire de Saint-Victor, est suffisamment vaste pour contenir cinq autels dédiés à la Vierge, à Saint-Michel, à Saint-Victor, à Saint-Pierre-aux-Liens et à Saint-Benoît. Cet ermitage dépendait du prieuré de Suyès situé sur les pentes sud du Cousson sur la commune actuelle de Châteauredon.

cella : partie d’un temple romain où se trouvaient la statue et l’autel dédiés à la divinité à laquelle était consacré le temple. Seuls les prêtres avaient accès à ce local qui restait fermé et inaccessible au public (du latin celare, cacher, fermer)

En 1035, Almérad fait don à l’abbaye Saint-Victor de Marseille de terres et de divers biens qu’il possède dans le pays. En font partie l’église de Saint-Michel Archange ainsi que le prieuré de Suyès. Une bulle papale de 1113 confirme la possession de ces biens par l’abbaye.

Conformément aux termes de la dotation, l’abbé Isnard de Saint-Victor s’engage à entretenir la vie monastique au sommet du Cousson. Mais, devant la rudesse des conditions de vie, les moines préfèreront bientôt le prieuré de Suyès . La chapelle Saint-Michel est totalement abandonnée au début du XIIIe siècle et les bâtiments ne sont rapidement plus que ruines.

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