Petit cours de toponymie provençale

Certains randonneurs préparent leurs sorties à l’aide d’un logiciel de cartographie et d’un gps. D’autres préfèrent continuer à utiliser une carte « papier ». Quelle que soit la méthode adoptée, l’utilisateur est parfois confronté à une terminologie locale dont le sens lui échappe le privant ainsi d’une importante information. Je vous propose une série d’articles qui vous expliqueront le sens de certains toponymes que vous avez souvent l’occasion de rencontrer au cours de vos balades.

Blache

toponymie01.JPGBlache désigne en provençal un lieu planté de chênes pubescents appelés aussi chênes blancs. En Haute-Provence, on trouve La Blache, Les Blaches, La Blachère (de blatchò). Plus au sud, dans le nord du Var, on trouve La Blaque, les Blaques, la Blaquière (de blaco ou blacas pour désigner le chêne blanc). On a aussi : Les Blaquets, La Blaquette, Les Blaquiers, etc

Colle

toponymie02.jpgVoilà un terme bien étrange ! Il ne s’agit pas d’un produit destiné à lier ensemble deux éléments mais tout simplement d’une colline !  Ainsi, si vous tombez un jour sur l’expression « la colline de la Colle » vous aurez le droit de sourire en pensant à cette « colline de la colline » !

Certains pensent que le mot provençal  « colle » signifie « col » en français. Il n’en est rien car en provençal un col se dit « pas ». Ce terme a donné son nom à une commune : Le Pas des Lanciers.

Dérivé du mot colle, on trouve aussi parfois le mot couelle : La Vieille Couelle au sud de Peyrolles. Les termes collet ou coulet désignent une petite colline.

Au singulier ou au pluriel, ces mots entrent tout naturellement dans la formation de noms de  lieux-dits : La Colle Saint-Michel, le Pas de la Colle, Le Collet de Roux, Les Coulets, Les Collets Rouges, etc

Mourre

toponymie04.JPGOn donne parfois à un relief un nom en fonction de sa ressemblance avec une forme  animale. Ainsi, le mourre, en provençal désigne le museau, le groin. Cela donne, par exemple, Le Mourre de Chanier (voir photo), Le Gros Mourre, Le Mourre d’Agnis.

Au nord de Forcalquier se trouve un site géologique exceptionnel fait de gros rochers semblant sortir de terre tels des champignons pour les uns, ressemblant à de gros museaux pour les autres : ce sont les rochers des Mourres.

Serre

toponymie03.jpgLe mot serre désigne une crête montagneuse. En provençal, le mot exprime une nuance selon qu’il est masculin (crête allongée) ou féminin (crête dentelée). Sa francisation en a fait un mot de genre féminin. Il a la même origine que sierra en espagnol.

Dans la toponymie, on trouve le plus souvent ce mot au masculin : Le Serre du Montdenier (voir photo), Le Grand Serre, etc. Il a donné leur nom à deux communes : Serres et Serre Chevalier.

Vallat

toponymie05.jpgLe vallat est « un torrent en creux alimenté par les eaux pluviales » autrement dit un ruisseau intermittent soumis au rythme des pluies méditerranéennes lesquelles sont brèves mais violentes et produisent une grande quantité d’eau ce qui provoque un ruissellement important : Le Vallat, Le Grand Vallat, La Tour du Vallat, etc

Source

Je recommande la lecture de :

Petit dictionnaire des Lieux-dits en Provence, Philippe Blanchet, Edition Librairie Contemporaine. 2003

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9 réponses à Petit cours de toponymie provençale

  1. Léon dit :

    Bonjour à tous,
    A titre personnel , je fais des recherches (modestes !) sur la toponymie du Comtat Venaissin.
    Il a y , à l’Est de la commune de Bédoin (84), un lieu-dit « Les Fougassets » et aucune boulangerie dans les environs !
    Le Dictionnaire « Trésor dou Félibrige » (1878) , page 1155 ,donne, dans sa définition de « Fougasso » un sens qui pourrait expliciter ce toponyme assez curieux vu son emplacement loin de toute boulangerie : « Faire de fougasso : labourer superficiellement, cultiver imparfaitement ». Il est précisé qu’il s’agit d’une expression du Diois. Bédoin n’est qu’à une cinquantaine de kilomètres de Die.
    Je donnerais bien à ce toponyme cette signification. Auparavant ,j’aimerais avoir l’avis des spécialistes quant à mon interprétation .
    Merci de vos réponses

  2. Léon dit :

    Bonjour à tous,
    Il est difficile de se procurer le « Petit dictionnaire des Lieux-dits en Provence, Philippe Blanchet, Edition Librairie Contemporaine. 2003 » à un prix abordable. L’un d’entre vous aurait-il un renseignement concernant cet ouvrage ?
    Y aurait-il un autre livre sur le sujet : La toponymie provençale.
    Merci de votre écoute

  3. Sauvage dit :

    Merci pour ces explications. Je cherchais ce que signifiait Blaquière, un lieu à côté du quel j’ai grandi sans savoir ce qu’il cachait et voici que je découvre d’autres mots et significations ! Super intéressant!

  4. Suprem Nougat dit :

    Merci beaucoup de partager cela avec nous, c’est vraiment très enrichissant !

  5. Christiane AUBERT dit :

    A propos du mystérieux « pas des lanciers » dans la région aixoise … voici ce qu’on m’en a dit et quime semble fort convaincant :

    Sur les cartes an 25000e on voit des noms de lieux qui sont restés en provençal,
    avec plus ou moins d’exactitude dans la « graphie », mais enfin en prononçant à voix haute
    on arrive à reconnaître les mots.

    Dans le cas ci-dessus, on dit que lors de la mise en français des cartes de cette région on a dû demander à des habitants comment s’appelait cet endroit et on suppose que la réponse ORALE a été : « lou pas de l’anci » à savoir « le pas de l’anxiété, de la peur … » (la particule « de », se prononçant « dé » en provençal). Alors, de là à transcrire à l’oreille en français « le pas des »lanciers » … il n’y avait qu’un pas … et il fut franchi ! On pense à cette explication très plausible car rien ne venait corroborer l’existence de lanciers dans la région.

    Cordialement.

    Carline 04

  6. martin dit :

    autre possibilité ancié de ancise passage étroit…..

  7. martin dit :

    pas de lanciers ; lanciers en fait l’ancié = anxiété en provençal car les gens se faisaient agressé au pas de l’ancié……

  8. estoublon dit :

    La base de données de l’IGN concernant la toponymie est incomplète et contient de nombreuses erreurs et contresens que l’institution n’accepte pas toujours de réparer malgré les demandes réitérées des érudits locaux. Je recommande donc en premier lieu la lecture d’un auteur provençalophone tel que Philippe Blanchet.

  9. nicoulina dit :

    L’IGN a également édité au format pdf un livre de toponymie http://www.ign.fr/adminV3/display/000/526/725/5267257.pdf

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